Au moment où j’ai décidé de quitter ma ville natale, il y a de ça plus de vingt-deux ans déjà, pour me lancer dans la grande aventure de la grande ville, tout s’est mis à se bousculer.
D'abord, mon départ de Victo correspond, à une sérieuse impasse dans ma vie, un conflit syndical dans l’entreprise où je travaille, et mon désir d’explorer ma sexualité et de vivre ma vie gaie ouvertement. Finit l’ambiance exécrable du syndicalisme d’un conflit sans issue, mais aussi finie de vivre ma vie au village dans la garde-robe. La Solution! Partir à l’aventure dans la grande ville, Montréal.
Une opportunité se pointe à l’horizon.
Une grande entreprise en aéronautique est à la recherche de personnel qualifié et semble avoir des difficultés à en trouver dans les grands centres, donc ils viennent nous recruter en région. On déroule le tapi rouge pour s’assurer que j’aurai du succès au sein de leur entreprise. Une fois à l’embauche comme assembleur, très vite je me taille une place au sein de l’équipe de cadres et me vois attribuer une promotion, comme Agent Méthodes (Mfg. Eng.), poste de prestige très convoité à cette époque.
Donc en très peu de temps, je me retrouve col blanc!
Rapidement la vie de travail de bureau prend forme et je m’intègre à l’équipe en place. Il y a tellement de choses à apprendre que je décide même, de mon plein gré, d’entreprendre un Certificat en Gestion des Opérations aux HEC. La madame a tant d’énergies qu’elles performent plus que ses supérieurs ne l’espèrent. Telle une éponge j’absorbe tout les connaissances requises dans ma nouvelle spécialité. En très grande confiance, ma personnalité de communicateur, de « leader » me facilite la tâche (vous voyez bien que le gars ne souffre pas de complexes). Évidemment, tout ce succès attire l’attention de la haute direction, donc on s’informe de plus en plus sur « Le Prodige » nouvellement arrivé
.
Pendant ce temps, « Le Prodige » a aussi beaucoup de succès dans sa vie privée! À la découverte de tout ce que m’offre la métropole, je m’annonce, je déambule et me déhanche dans le village gai, et me lance à la découverte des nouveaux horizons de mon nouveau style de vie. Le village GAI de Montréal devient vite mon obsession, et mon nouveau terrain de jeu. La tournée des bars, Le Cox, Le Sky, La Station et j’en passe deviennent vite ma deuxième maison. Non ce n’est pas la débauche, mais c’est ce que j’appelle, la nouvelle vie gaie 101, en très peu de temps. Les « after-hours », les substances douteuses, les beaux gars, le sexe, le sexe et le sexe prennent vite le contrôle d’une grosse partie de ma vie.

Illustration : Joe Phillips.com
Et c’est parti…
Au fur et à mesure que le temps avance, je me retrouve comme un individu qui a quelque chose, qui est quelqu’un et qui a beaucoup à offrir. Un sentiment important pour le « kid » de Victoriaville qui se croyait malade mentale il y a de ça seulement quelque année. Le plaisir de vivre, d’avoir du succès dans sa carrière, de contribuer à la société et d’avoir du plaisir, beaucoup de plaisir. Que demander de plus? À part peut-être, de mieux comprendre comment puis-je ralentir un peu cette vie rutilante sans freins?
Ça fait son temps, mais nouvelle vie sur la « fast lane » me rattrape.
Rapidement je m’aperçois que la fatigue s’installe et que les gens au bureau s’en aperçoivent. Aussi je me rends vite compte que mes collègues sont avides de me connaitre un peu plus et d’apprendre sur le mec qui semble être au « plus-que-parfait ».
Cette vie flamboyante qui ne se joue que dans la voie rapide me rattrape. Le besoin éminent de ralentir et de me reposer se fait sentir. Congé par ci, et journée par là, amène plusieurs de mes collègues à s’inquiéter et à ce poser les bonnes questions. Mais que se passe-t-il avec notre Super Guy? Inutile de vous dire qu’il n’était pas question que j’étale toutes les vraies raisons en cause de cet épuisement.
D’un autre coté, vous n’avez aucune idée « combien ça peut être frustrant de voir mes collègues constamment en retard et régulièrement absents sans jamais n’avoir à s’expliquer. Leurs nombreuses absences pour soi-disant prendre soins de leurs enfants, en demandes de soins, malades et en besoin, semblent ne jamais être questionnées ». Chez « Avion Big Time, notre rôle social est de vous supporter », nous disait-il. « Si votre rôle parental l’exige, nous répondrons à vos besoins ». C’est à ce moment qu’il me vient à l’idée de m’élever à leur niveau.
Eh bien oui j’ai tout compris!
Entendu que pour les besoins de la cause, j’étais toujours dans le « Closet » au travail, donc je vous présente « David », le pauvre petit qui a tellement besoin de mon attention quand rien ne va. Issue d’un mariage/divorce et d’une mère imaginaire, David aura été la solution à tout questionnement sur mon orientation et même aura été à la source d’une compassion sans limites pour mon courage et mon engagement à ma performance de gagnant chez « Avion Big Time ». Une fois de plus je me retrouve au « top chart » de mes principaux… « Quel courage! », me dit-on!
C’est à ce moment que je dois inventer les weekends en famille, les malheurs avec une mère qui n’a pas de cœur, les problèmes financiers, les situations de non-disponibilité… qui fond de moi un père monoparental courageux. Besoin de repos Guy?
Tellement courageux que même mon patron veut m’offrir la bourse du département pour subvenir à toutes mes difficultés de parent monoparental, sans ressources… je suis, heu… je veux dire moi et ma nouvelle famille devient le cas typique d’entraide et de générosité dans la grande entreprise…
Vous voyez le portrait?
OUUFFF… lourd comme responsabilité! Non?
22 ans plus tard si on me demande si je referais la même chose? Évidemment, la réponse est non! Peu être que je me contenterais de me trouver un mec à aimer pour la vie et pour probablement adopter un vrai Kid. Les choses ont évolué et la société est beaucoup plus prête à accepter ses nouveaux modèles parentaux du même sexe et de vie famille.
Inutile de spécifier que certaines parties de ce texte tirent un peu pas mal de mon imagination, mais pour ceux qui ont toujours des doutes et qui hésitent encore à sortir du garde-robe en milieux de travail, il vous reste toujours cette solution.
En attendant, si vous me cherchez je suis parti danser!
La madame...









Elle est bonne ! S'inventer un kid pour justifier ses absences ou pour "sauver la face" ! Heureusement que ça a évolué, quoique ce n'est pas malheureusement pas encore partout que ça passe parfaitement. Y en a qui sont encore "squares"...
RépondreSupprimerRemarque que j'ai déjà pris congé pour maldaie d'enfant ... imaginaire !
La lionne, faut pas oublier qu’ouvertement gai en 1988 ce n’était pas aussi évident qu’aujourd’hui…
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